Odes à la chatte et à la poule

Publié le par Les Malaugenoux

Pour me faire pardonner de ceux et surtout celles que mes deux papiers sur la réalité de la condition animale a froissé(e)s, je vais rentrer dans le giron de la bien-pensance, façon calendrier des Postes,  avec ces deux odes à la poule et à la chatte, sans aucun jeu de mots.

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Notre plus vieille chatte, née dans le midi c'est à dire juste au sud du 45è parallèle, est la plus bavarde et la plus sociable. Elle miaule tant qu'on finit par la comprendre. Par exemple, lorsqu'elle rapporte une souris (parce que les chats tuent les souris, et en jouent pendant l'agonie, navré, j'ai pas plus politiquement correct), le miaulement n'est pas le même que lorsqu'elle réclame du lait (forcément, avec la souris entre les dents). C'était toujours elle à faire ses petits la première. Et à nous les faire sur les genoux. Sans doute parce qu'elle sentait bien que cela pouvait mal se passer. La dernière fois, nous avions dû beaucoup l'aider. La dernière fois, avant l'opération relatée ici. Elle avait cependant tenu à éloigner ses rejetons de nous quelques jours plus tard. En vain puisque bien sûr, si nous conservions deux portées de cinq chatons par chatte, nous en serions davantage envahis que de souris. Ce que voyant, la troisième chatte, troisième par l'âge, qui avait, elle, pris la précaution de cacher sa portée sous une palette soutenant plusieurs sacs de ciment et empêchant qu'on les atteigne, entrepris de compenser. Je veux dire qu'en voyant sa grand mère soudain privée de ses enfants, elle a commencé à lui apporter les siens, à l'endroit même d'où les premiers avaient disparu, sous le tronc de châtaignier qui sert de banc près de l'entrée. Mais chatte échaudée craint l'eau froide comme on sait. Aussi la grand mère déménagea aussitôt la portée ressuscitée vers une autre cachette, sous un rocher dans la montagne. Ce que voyant, la troisième chatte, soucieuse sans doute de notre affection autant que de celle de sa parente, se mit en tête de les rapporter sous le châtaignier. Nous avons alors assisté à cet étrange manège de deux chattes emportant et remportant les mêmes chatons, et se croisant en route comme si rien n'était. C'était l'ode à la chatte solidaire et généreuse.

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Notre plus vieille poule, vous savez, celle qui a permis le retour du soleil le solstice dernier, est une battante, une survivante. Dès sa naturalisation dans la Principauté (elle est née chez nos voisins de la Confédération des États du Sud) elle se faisait remarquer. C'était la plus culottée. Ah, ces gens du sud ! Elle accourait toujours la première pour examiner ce que nous apportions à manger. C'était toujours la première à picorer le blé et pourtant. Et pourtant elle souffrait d'un handicap, la partie supérieure de son bec était plus court que l'inférieur. Nous l'avons baptisée la Prognathe. Picorer le grain lui demandait une extraordinaire adaptation. L'hiver suivant, notre poulailler subissait le massacre relaté ici.

Ce fut presque un génocide. Que dit la loi en matière ? (puisque nos députés jouent aux historiens). La Prognathe, je l'ai retrouvée cachée dans les framboisiers et lorsque j'ai plongé la main pour la saisir, ma main est entièrement entrée dans son dos. La blessure était béante, sur plus de dix centimètres. Et pourtant elle a survécu. Nous l'avons rebaptisée La Survivante. Quelques semaines après pourtant, sans doute le choc émotionnel, elle se mit à développer un goître qui lui déforma complètement le visage (voyez, moi aussi, je me laisse aller à prendre les bêtes pour des êtres humains). Nous aurions dû la sacrifier à ce moment-là mais le soleil était déjà revenu et nous avons cru en elle, même en la rebaptisant La Goîtreuse. Et de fait le goître finit par se résorber et la poule à mériter plus encore son surnom de survivante. Nous l'avons donc conservée bien après qu'elle eut cessé de pondre et malgré le blé qu'elle nous coûtait. C'était l'ode à la poule résistante et onéreuse.

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