Descente aux Enfers, 3- palier de décompression

Publié le par Prince Bernard

 

D'après les conseils que j'ai eus ici et ailleurs, j'ai compris qu'il ne fallait parler à personne des hiéroglyphes de mon tunnel et au contraire poursuivre vers la « salle du trésor ». On m'a aussi demandé de prendre garde, filant opportunément la métaphore des Travaux d'Hercule, que je ne débarquasse pas chez l'Hydre de Lerne ? C'est fait, je l'ai trouvée au stade embryonnaire et l'ai renversée sans peine.

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Mais on ne m'a encore conseillé aucune direction ; vers le sud ce serait, à vue de nez, le Palais Principal de la Principauté, mais dans l'autre sens ? Piccadilly Circus ? Nouméa ?

Plus sérieusement, j'ai vite compris que déblayer n'était pas possible : où mettre le déblais ? Je ne me vois pas du tout le sortir par le trou d'homme que j'ai dégagé, actuellement blanchi par la neige, un 27 avril, réchauffement climatique oblige. Donc j'ai décidé de chercher où le tunnel pouvait déboucher. Et cela m'a ramené à d'autres indices que je vais exposer en espérant que le lecteur ne s'impatientera pas.

Il y a eu au village une sombre histoire de tunnels au début du siècle. Le tunnel est orienté dans la direction indiquée par les murs de la maison qui ne sont pas à angles droits, une anomalie. Un document d'église indique une autre maison dans les parages pourtant déserts.

 

Commençons par le document. Il date de 1777, c'est un « document d'église » dont on m'a donné photocopie. L'écriture est difficile, les s comme des f et les c comme des q, mais lisible.

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Sa genèse est capitale. Le curé de Saint-Victor, commune où est enclavé Montpoulet, en ces temps-là, se plaignait que sa paroisse fût trop grande pour un seul homme. Il voulait un vicaire, c'est à dire une sorte de curé stagiaire, juste après le concours de recrutement. Rappelons qu'en ces temps-là il fallait porter l'extrême-onction, le dernier sacrement avant trépas, la dernière station service avant l'autoroute, en procession, à pied évidemment, avec deux enfants de choeur, depuis l'église jusqu'au domicile du mourant. Et cette paroisse à l'habitat dispersé est une des plus grandes du diocèse. L'évêché dépêcha donc une commission d'enquête dont le principal instrument était un chronomètre puisqu'il fallait mesurer le temps nécessaire pour aller de l'église à chaque foyer. Il fallait également une bonne paire de jambes et de chaussures puisqu'on lit qu'il fallait franchir rocailles et cours d'eau. Notamment pour accéder à « Montpoulier » puisque l'étymologie n'avait pas encore complété son œuvre, depuis mont+pouyet (le petit puy) jusqu'au Montpoulet attesté par le cadastre napoléonien.

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Voici ce qu'on lit, annoté par mes soins entre parenthèses :

«  De retour à l'église, nous sommes allé (sic) à piquet en passant par le Bruc pour y arriver par un sentier depuis le Domaine de montfleury ; rapide dans une prairie aqueuse ; nous avons emploïé (sic) quatorze minutes (…) De là nous sommes allé par un sentier sur la montagne rempli de graviers à Lefaure, pour y arriver nous avons emploïé quatre minutes, ce qui porte l'éloignement de cette maison à l'église à dix huit minutes (…) De là nous nous sommes rendu (on n'accordait donc pas plus avec être qu'avec avoir, l'être coïncidait-il avec l'avoir ?) par un sentier en descente rapide, rempli de rochers & de pierres, (l'esperluette faisait encore partie de l'alphabet) à Montpoulier, pour y arriver nous avons emploïé savoir pour la première maison six minutes & pour la seconde dix minutes, ce qui porte l'éloignement de la première à vingt quatre minutes de l'église & de la seconde à vingt huit, où étant & ayant pris la déclaration des chefs de famille nous avons constaté que les deux maisons sont habitées par quatre communiants et deux non communiants. »

 

Les premiers exégètes de ce document, historiens amateurs du village, s'étaient arrêtés là en assumant que les deux maisons en question correspondaient aux maisons actuelles. La grande aux angles non pythagoriciens que j'ai baptisée Palais Principal, et la petite que la tradition familiale appelle « lo méjou do vieux », la maison du vieux puisque mes arrières grand parents, quelle modernité, les enfants partis, faisaient chambre à part, et même maison à part. L'ennui, longtemps balayé d'une boutade (bah, ils ont dû prendre l'apéro entre les deux) c'est que les deux bâtiments ne sont séparés que par sept mètres et que je viens à l'instant de parcourir pour les besoins de cette page l'espace entre les deux portes d'entrée, donc contourner deux angles de la Méjou do vieux, en très exactement quatorze secondes. Nous sommes loin des quatre minutes. Le deuxième ennui, qui n'est apparu que lorsque j'ai demandé à voir ce fameux document, c'est qu'il y a une suite étonnante au paragraphe sur Montpoulier :

« De là par le même chemin nous nous sommes rendu à Gampeloup, pour y arriver de la seconde maison nous avons emploïé deux minutes (diantre, deux fois moins qu'entre les deux maisons de Montpoulier !), ce qui porte son éloignement de l'église à trente, où étant nous avons constaté que ladite maison n'est pas habitée »

 

L'hypothèse la plus probable, je vous fais grâce du long cheminement de ma pensée, entravée par le poids des années, c'est que les deux maisons d'alors ne sont pas celles de maintenant et que lo méjou do vieux serait en fait Gampeloup et qu'il y aurait eu une autre maison, quatre minutes plus proche de l'église, dans la direction indiquée par le tunnel et par... la configuration cabalistique des murs du Palais Principal. J'en resterai là pour aujourd'hui sur cette transition vers le deuxième indice de ma démonstration.

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microneedle roller for stretch marks 22/01/2014 12:49

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marail 27/04/2013 22:01


Elle est toute petite ton hydre... c'est de la triche! C'est passionnant ces histoires de tunnel. Encore mieux que Jules Vernes!

Prince Bernard 28/04/2013 07:28



Je rougis sous la comparaison et j'affirme qu'une hydre petite mais vive vaut mieux qu'une grosse molassonne !