Crépines, caillettes et sourciers

Publié le par Prince Bernard

Ah, la tête des archéologues !

... quand dans plusieurs siècles ils déterreront ma crépine de compétition.

 

         Gourou Gore a beau nous avoir bien menti sur le réchauffement de la planète, il y a des étés à Montpoulet où il faut se rabattre sur le Crozes-Hermitage tellement l'eau se fait rare. Nous dépendons entièrement de nos sources. La principale n'a jamais tari. La deuxième qui coule directement dans la cuisine (voyez l'épisode précédent) rend l'âme dans l'été pour ne ressusciter qu'à la première neige. J'en ai donc capté une troisième. Cela se fait normalement au moyen d'une crépine. Mais je n'en avais pas, j'ai donc innové dans l'art récupérateur.

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C’est le balai d'un aspirateur de piscine que j’ai adapté. Comme il s’agit d’un aspirateur par effet Venturi, cela ressemble à un balai de navette spatiale, avec ses deux moignons et son tuyau, que l’on aurait emmaillotés de moustiquaire. Et puis, bien clairement, sur le plastique bleu qu’on nous dit devoir durer une éternité, les mots « fabriqué en Chine » : première enigme pour l'archéologue du futur. Posée sur un lit de grosses pierres, sous un mètre d’argile au milieu de la prairie pentue, pour alimenter la Potte aux Grenouilles où je branche une pompe pour arroser le jardin… Ah la tête des archéologues !

 

Puis, avec toute la prétention qui me caractérise, j'ai réalisé deux plaques commémoratives :

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(Visiteur du futur, attention, la crépine n'est pas de porc)

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(Crépine à effet Coriolis – 3è source. BMx an XI)

... des inscriptions qui, bien avant leur future découverte, méritent une petite explication de texte (à leur découverte, ce sera bien pire : une nouvelle pierre de Rosette !).

              Crépine est un mot polysémique, comme disent les savants. Il désigne aussi la membrane graisseuse (et ajourée, à la manière du crêpe, l'étoffe, son étymologie) qui entoure les viscères de certains mammifères comme le cochon. Cette crépine-là est utilisée en charcuterie et notamment pour la fabrication des caillettes. La princesse vient d'en fabriquer 240. Une tradition de bon « mesnage des champs » : arrivée la fin de l'été, toutes les « herbes » du jardin, blettes, chou et épinards, sont cuites et mélangées à de la viande de porc, dont la tuade est aussi de cette saison.

               Caillette, d'ailleurs, a aussi sa polysémie : notre ami vétérinaire, l'auteur des hystérectomies de cet été, nous a confié qu'il « en faisait aussi des caillettes ». La caillette étant également cette partie des estomacs des ruminants qui termine la digestion. La plus développée chez le veau, c'est elle qui digère le lait après l'avoir « caillé ». C'est là qu'on prélève la présure pour fabriquer le fromage. Ce qui me fait penser au « caille-lait » dont se nourrissent exclusivement les « crache-sang », cet adorable coléoptère encore préservé à Montpoulet. Mais revenons à nos moutons : « faire une caillette », pour un vétérinaire, c'est la remettre en place alors qu'anormalement déplacée à gauche, elle ne remplit plus ses fonctions et constitue une menace mortelle pour l'animal.

               L'observateur attentif aura remarqué que j'ai barré à la peinture l'inscription gravée « coriolis » puisque c'était une lamentable confusion avec l'effet « venturi ». La corriger carrément n'eût servi à rien puisqu'il y a fort à parier que dans plusieurs siècles la peinture aura disparu et que ne subsisteront que les mots gravés dans le béton (elle n'avait d'intérêt, cette peinture, que pour le visiteur de cette page ; tiens, existera-t-elle encore ?) et que ce « coriolis » sera une autre énigme voire le sujet d'âpres débats entre spécialistes de l'épigraphie)

                 Il y a de l’eau partout ici. Dès que je creuse, j’en trouve de petits filets à faible profondeur. Poser les deux fosses septiques m'a imposé d'installer des drains : pour la première, l'eau finissait par liquéfier l'argile dont la masse courba la fosse. Un paradis pour les sourciers. Si j’étais malhonnête je me dirais des leurs. Mais il faut tordre le cou aux croyances moyenâgeuses. Et plutôt que de demander à un sourcier où il y a de l'eau, il conviendrait plus logiquement de lui demander où il n'y en a pas du tout, à aucune profondeur. Je suis sûr que cela le mettrait bien dans l'embarras.

 

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