26é épisode : Chérie, j'ai éventré la piscine.

Publié le par Prince Bernard

 

Résumé des épisodes précédents : Françoise et Bernard ont racheté en 1994 la ferme totalement en ruines de l’arrière-grand-père de Bernard, à Montpoulet, Saint-Victor. Ils viennent d’abord y passer leurs vacances et défrichent. Ils retrouvent la source, une faune fabuleuse, des voisins hospitaliers tandis que la configuration cabalistique des fondations les fait rêver d’un trésor. Ils viennent s’installer sur place en 1997. Leur permis de construire est refusé puis accepté après plusieurs recours, et les travaux vont bon train malgré l’amateurisme de ces « néo-ruraux ». Parti à la recherche d’ossements, Bernard fait écrouler les fondations de toute une façade et dégage un squelette de veau puis un mystérieux pistolet (On peut lire les précédents épisodes dans La Chronique de Montpoulet)

 

      Si Agatha Christie avait publié ses énigmes dans un blog, donc en feuilleton, elles auraient été résolues par ses lecteurs avant la fin des romans. C’est en effet le cas de celle que j’avais soumise ici la dernière fois et je sais maintenant quel est le type de pistolet que j’ai trouvé dans la patte du veau. Mais de la même façon qu’Agatha n’aurait pas voulu révéler qui était l’assassin avant la fin de son bouquin, j’ai peine à confier tout de suite ce qu’on m’a appris, et ce d’autant moins que l’information provient de mes lecteurs mêmes. 

        Revenons plutôt à ce que j'annonçais : un autre déboire de maçon amateur, comment j’ai fait exploser notre piscine en plastique. En plastique, ça n’a pas l’air sérieux, mais quand il s'agit de 20 m3, c’est à dire de 20 tonnes d’eau, on rigole moins.

        Je rebâtissais le muret de soutènement de la « terrasse géothermie ». C’est la terrasse où il avait été question d’installer une batterie de capteurs photovoltaïques. Il n’y avait jamais eu d’électricité quand nous sommes arrivés à Montpoulet, aussi avions-nous fait appel à une organisation financée par le Conseil Général. Un technicien était venu et avec beaucoup d’enthousiasme à cause de cette terrasse magnifiquement exposée au midi, nous avait beaucoup encouragés à faire le choix de l'électricité solaire. Mais lorsque le devis était arrivé nous avions déchanté. Non seulement l’installation initiale coûtait trois fois plus que le raccordement au réseau EDF, non seulement nous aurions été très limités en équipements électriques, mais le simple entretien des batteries (Eh oui, la nuit, quand on a besoin de lumière, le soleil ne brille plus, une évidence qu’on oublie vite) nous coûtait plus d’un millier d’Euros par an. Nous avions donc dit : « SOLAIRE NON MERCI ».

 

             Mais la terrasse en question ne perdait rien pour attendre. Quand nous avons opté pour un chauffage d’appoint par géothermie pour la plus grande des deux maisons, cette longue terrasse s’imposa, malgré son étroitesse. Il fallait plus de 300 m2, donc l’aménager sur 40 m de long. J’ai relevé les murets comme ils étaient, en pierre sèche. Mais des murets de pierres sèches qui frisent les quatre mètres de haut, c'est rare, et les miens se sont tous éboulés, tronçon après tronçon.

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           Dans l’intervalle, suite à la canicule de 2003, nous avions installé la piscine à un autre endroit très bien ensoleillé... juste en dessous de la terrasse géothermie.

          Et je me souviendrai toujours de cet après midi où j’étais rentré du collège pour faire avancer les travaux alors qu’il me fallait y retourner le soir pour un conseil de classe. Je rebâtissais la plus haute section mais cette fois avec un poteau raidisseur en béton armé, soigneusement caché derrière les pierres.

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            J’étais allé chercher une benne de pierres au chirat que j’exploitais au sommet de Montpoulet. C’était un chirat typique, bien adapté à l’élevage du lapin de garenne comme me l’avait expliqué mon grand oncle. Les pierres ne sont pas entassées au hasard mais en aménageant des galeries où les lapins peuvent se terrer et se reproduire. Besoin d’un civet ? Et bien il suffisait de lâcher un furet sous les pierres et d’attendre, le fusil braqué, que les lapins sortent.

           J’avais trouvé une pierre presque plate qui m’inquiéta un peu quand je commençai à benner. Mais je me suis dit qu’elle allait, justement, tomber à plat et ne pas rouler. Hélas, elle est tombée sur chant et, magnifiquement équilibrée, commença à rouler dans la pente, un peu comme une scie circulaire qui quitterait son giron. Je ne pouvais, impuissant, que la suivre des yeux. Elle vint attaquer le flanc de la piscine et le fendit en deux, une parfaite éventration.

6-éventrée

 

            Les vingt tonnes d’eau javellisées soudain libérées vinrent rebondir contre le rocher dans un bruit de mer démontée et repartirent vers le bas. Il y avait, à côté de la piscine, un plancher d’un douzaine de palettes en bois. La vague les emporta toutes. Il y avait en dessous de la terrasse piscine, la terrasse jardin et l’abri de jardin. La vague s’abattit sur lui et y laissa un enchevêtrement de palettes et de tuiles tout en en confisquant au passage tous les outils, sachets de graines et tuteurs qui y étaient entreposés.

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       Il y avait en dessous de la terrasse jardin, la terrasse poulailler, dûment encerclée de grillages contre les renards et chapeautée d’un filet contre les buses. La vague ne faisait encore que menacer de s’y abattre que déjà les poules, conscientes du danger, se jetaient, paniquées et tonitruantes, sur les grilles pour chercher à s’échapper. La vague des vingt tonnes d’eau s’abattit sur le poulailler et y laissa les outils de jardin mais toutes les poules lui échappèrent. Et donc, libérée maintenant de tout fardeau, la vague ne faisait que prendre de la vitesse et de la puissance. Elle alla par le Ruisseau de Montpoulet se déverser dans la Daronne puis dans le Doux et c’est un vrai mascaret qui dépassa Tournon et fit monter les eaux du Rhône de plus d’un mètre. Vous connaissez la suite : le TGV qui déraille et percute la centrale nucléaire et comme l’on crut à un attentat terroriste, la guerre fut déclarée à l’Irak...

      Piètre maçon donc, aux gaffes monumentales, mais encore pire éleveur. Nous ne pouvions pas y échapper : à Montpoulet, il nous fallait bien élever des poules et pour les faire se reproduire, mettre leurs œufs au four pour les couver. Des œufs au four pour les couver ? Je vous raconterai cela la prochaine fois.

 

 

 

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