16- Il manquait la moitié de chez nous

Publié le par BMx

 

            Un soir de décembre, lorsque nous sommes rentrés chez nous, la moitié de chez nous avait disparu. Le vent du midi avait soulevé, soulevé l’auvent jusqu’à finalement le faire passer par-dessus la caravane. Il avait alors emporté toutes nos affaires. Françoise est allée récupérer le linge dans les branches des sapins et je n’ai retrouvé certaines de mes chaussettes que le lendemain matin en repartant, sur le chemin vers St Victor. C’était désolant. Un peu comme si, dans une maison éventrée par une bombe, la cuisine se retrouvait à l’air libre.

            Nous avions déjà eu des alertes où sous l’effet du fantastique vent du midi, nous avions surveillé l’auvent doucement quitter le sol mais jusqu’à présent toujours pour y retomber. Montpoulet est exposé au midi. Très bien protégé du vent du nord, « la bise », et qu’on entend souffler dans les branches de sapins mais qu’on ne ressent jamais. Le vent du midi, par contre, semble même expliquer l’architecture des bâtiments : comme des navires, ils présentent un angle, comme leur proue, aux bourrasques, mais ni leurs façades, ni leurs ouvertures.

            La perte de l’auvent nous persuade qu’il faut retourner la caravane et lui faire, comme les bâtiments, tourner le dos au midi. Nous prévoyons de faire cela le samedi suivant, après nous être assurés du concours d’amis et de proches. Le samedi suivant, il neige à gros flocons, c’est la fin d’un « été indien » exceptionnel. Il nous faut nous résoudre à passer le plus dur de l’hiver avec la porte de la caravane qui ouvre directement sur le froid. Nous avons un poêle à gaz mais comme nous l’éteignons en nous couchant, les réveils sont difficiles. Nous avons une convention. Il fait moins cinq, moins six quand je me lève pour allumer le poêle et Françoise se lève à plus cinq, plus six, quand je me recouche. Il n’a jamais fait moins dix heureusement, ce n’est pas un hiver très froid, pas beaucoup de neige et jamais de burle sinon, à cet endroit-là, nous aurions été complètement ensevelis.

            Nous pouvons enfin retourner la caravane et, pendant les vacances de février, je construis un auvent en bois. C’est à ce moment-là que les gendarmes m’ont trouvé.

            Aux dires de Maurice et Denise, ils étaient déjà venus quatre ou cinq fois, mais en vain. « Oui, on aime bien savoir qui vient s’installer dans notre juridiction » me dit le grand gendarme à moustaches. L’autre gendarme est une… gendarmette. Mais tous les deux sont tout sauf chaleureux. Ils acceptent mon invitation à entrer s’asseoir mais refusent toute boisson comme s’ils craignaient que je les empoisonne. Ils veulent simplement connaître mon état-civil et ma position vis-à-vis du service militaire.

            — Mais, à la gendarmerie de Privas, je suis fiché, vous leur avez pas demandé ? !

            Cela paraît les laisser complètement indifférents. Mais je leur raconte quand même. Je suis assez fier de mon passé militant. A l’époque, j’étais un jeune con à qui on avait fait croire qu’on pouvait se passer d’armée ou de centrales nucléaires. J’avais donc encouru les foudres de la justice pour un certain nombre d’actions toutes complètement non-violentes (j’étais un jeune con pas méchant !) qui m’avaient notamment amené à fréquenter la prison de Valence, « avenue de Chabeuil », pendant cinq jours. Le jour où j’ai été libéré, après grève de la faim et tutti quanti, demeure toujours dans ma mémoire comme un des plus beaux jours de ma vie. Bernard, un repris de justice ? Il faudra que je vous raconte cela un jour, et pourquoi pas la prochaine fois ?

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