13- Pris en otage dans le coffre du banque

Publié le par BMx

 

Quand la porte de la banque s’est ouverte sans la procédure habituelle j’aurais dû me méfier. Quand j’ai aperçu l’homme au visage tellement patibulaire qu’il aurait  filé les jetons à Dracula, j’aurais dû partir en courant.

            Si je ne l’ai pas fait c’est que j’étais en train de discuter avec ma collègue de Technologie. Elle et moi venions mettre en banque le produit de la vente des brioches par les Troisièmes Techno pour financer leur voyage au Futuroscope. Quelques centaines de francs que je portais dans un sac de supermarché. Je n’ai commencé à m’inquiéter que quand l’homme nous a mis un pistolet sous le nez, nous a bousculés vers l’escalier qui descendait à la salle des coffres. J’ai alors compris pourquoi l’homme avait une tête de malfrat : c’en était un !

            L’atmosphère de la salle des coffres était… tendue. Nous nous glissâmes jusqu’au fond. Un deuxième malfrat enjoignait assez brutalement à une employée de la banque de sortir plus d’argent. « C’est pas assez !!! » hurlait-il. La femme, en pleurs, s’empêtrait dans ses clefs. Et moi j’essayais de cacher le sac plastique derrière mon dos. Un quinquagénaire téméraire voulut s’interposer. Le malfrat lui mit son pétard sur la tempe. L’homme se calma. Ma collègue commença à paniquer, comme si elle allait piquer une crise de nerf.

            Il en fallait pourtant des solides, des nerfs, pour enseigner en troisième techno dans un collège de banlieue parisienne. Je me souviens qu’à mon arrivée, la Principale m’avait attribué la quatrième techno en disant que cela serait une expérience très formatrice. Tu parles ! C’était surtout qu’aucun collègue n’en voulait et qu’on les refilait aux nouveaux. Ces classes étaient des sortes de rebuts où l’on se débarrassait des élèves perturbateurs ainsi que des élèves en difficulté. Ces derniers se retrouvaient vite les otages des premiers et le climat délétère les transformait eux-mêmes en élèves désagréables, aussi vrai qu’une pomme pourrie fait pourrir tout un panier. J’enseignai l’anglais, je ne les avais donc que trois heures par semaine. Une chance par rapport à la collègue de technologie qui les avait des demi-journées entières. Le défi était de la faire craquer. Ce fut chose faite très rapidement la première année : la titulaire du poste étant en congé maladie pour dépression nerveuse, on avait mis à sa place une jeune Antillaise qui fut mangée toute crue mais qui ne le disait pas. L’ambiance de chahut qui régnait avec elle eut donc tendance à s’étendre aux autres cours. J’avais pour moi l’avantage de l’âge et pourtant plus d’une fois je me suis dit « si dans la minute qui suit, tu fais pas quelque chose de génial, t’es foutu ! ». Il m’est même arrivé de perdre mon sang-froid et de fondre sur un élève insolent avec l’intention de le prendre par l’oreille pour l’emmener au coin. C’était oublier qu’il s’agissait d’un grand escogriffe de seize ans qui ne se laissa pas faire. Comme il se levait, je pris cela pour une agression et instinctivement, l’immobilisai d’une clé au cou. Les autres élèves nous séparèrent, l’élève partit se plaindre chez la principale. Je repris mon souffle et mon cours dans un silence de plomb.

            La principale m’écouta d’un air très désapprobateur  mais me dit qu’elle attendrait que les parents portent plainte pour faire quoi que ce soit. Non seulement les parents n’ont pas porté plainte mais l’élève en question m’a manifesté ensuite le plus grand respect. L’année suivante cette nouvelle collègue est arrivée et comme elle maîtrisait bien la troisième techno, je lui trouvais du cran. Jusqu’à cette salle des coffres. J’essayai de la rassurer en prétendant que l’argent des brioches n’intéressait pas les braqueurs et que, de toute façon, je ne le leur donnerais pas sans résister. J’ajoutai aussi que plus nous resterions dans le coffre et plus longue serait pour nous la récréation. Rien n’y fit.

C’est le bruit de la porte blindée se refermant sur nous qui sécha ses larmes. Les malfrats étaient partis. La vingtaine de prisonniers retint son souffle pendant que le directeur appliquait son oreille à la porte pour vérifier que les braqueurs ne revenaient  pas. Rassurés, les employés se livrèrent alors à une opération qui montrait à quel point ils venaient de vivre un événement routinier. En déplaçant une lourde table métallique, ils extirpèrent d’une niche dans le mur un combiné téléphonique et appelèrent la gendarmerie qui nous délivra en cinq minutes.

Nous eûmes tous droit à une tasse de café pour nous remettre de nos émotions mais l’agence étant dès lors fermée pour la journée, il n’y eût pas moyen de mettre l’argent des Troisièmes Techno sur le compte et nous dûmes lui faire affronter l’insécurité du trajet de retour au collège.

Mais voilà plusieurs épisodes que je vous parle de tout autre chose que de Montpoulet. Cela va changer, puisque finalement j’ai obtenu du Mammouth une affectation à titre provisoire pour  Roussillon, en Dauphiné. Je peux donc aussi déménager pour l’Ardèche avec Françoise qui vient, à force de gratter la source de Montpoulet, d’y découvrir des paillettes d’or fin. De l’or à Montpoulet ! Et pourquoi pas un trésor ? Ben oui pourquoi pas un trésor, je vous raconterai cela au prochain épisode.

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