7- Une course de baignoires sur l’Oise

Publié le par BMx

  

             Françoise et moi nous sommes connus au cours du tour du monde à bicyclette que j’ef­fec­tuai entre 1981 et 1987. Et avant d’acheter Montpoulet, nous passions toutes nos vacances à pédaler. Mais pas à pédaler tout à fait comme tout le monde. J’avais découvert le vélo couché aux États-Unis et dès 1989, nous partions au Cap Nord en plein hiver sur ces drôles de bicyclettes qui ressemblent à des chaises longues. Le monde encore marginal des cyclistes couchés comprend également les pratiquants de toutes sortes de véhicules à pro­pulsion humaine, comme les avions à pédales (si ! il y en a un qui a traversé la Manche), les sous-marins à pédales, les vélos aquatiques et les vélos-rail. C’est donc tout naturellement que notre deuxième voyage extrême, en 1993, fut de rallier depuis Montréal le village indien de Kawawachikamach, qu’aucune piste ne relie au reste du monde, entièrement à vélo, dont 600 km sur une voie ferrée, avec notre tandem-rail. La suite logique fut de descendre la Meuse sur un vélo aquatique.

            Louis XVI, lorsqu’il tenta de fuir, fut arrêté à Varennes, tout le monde sait cela. On sait aussi qu’il fut reconnu par le palefrenier du précédent relais de poste. Ce qu’on ne sait pas c’est que ce relais de poste existe toujours, à Ste Ménehould, et que c’est un restaurant spécia­li­sé dans le pied de cochon dont on mange même les os. Son propriétaire est un colosse dont la passion est… le vélo aquatique. Il nous prête son meilleur modèle pour que nous nous entraînions lors de la traditionnelle course de baignoires de Compiègne. Je suppose que ces courses, organisées par d’anciens marins, sont parties d’un pari : faire flotter une baignoire !

Et ils y arrivent ; à en juger par la vingtaine de concurrents qui nous entourent. Les em­bar­cations sont toutes construites à partir d’une ou deux baignoires et de flotteurs. Toutes sont extrêmement décorées, extrêmement lourdes et peu maniables. Sauf la nôtre. Cette année la compétition a été ouverte à toutes les embarcations, même sans baignoire, pourvu qu’elles soient à propulsion humaine. La nôtre est une coque de voilier coiffée d’une carrosserie de Mé­hari. Notre seule décoration est une pancarte de publicité pour « Pied d’Or » le restaurant des pieds de cochons. Deux pédaliers actionnent une hélice et nous nous rendons compte à l’échauffement que nous sommes les plus rapides. Nous décidons alors de gagner la coupe de vitesse, pour l’offrir au restaurateur de Ste Ménehould.

            La course se fait en deux groupes chronométrés. Il faut tourner trois bouées dont une au milieu de l’Oise, en plein courant. Nous gagnons notre groupe avec plusieurs longueurs d’avance et sommes très surpris de voir décerner la coupe à un autre équipage. Nous nous étonnons et on nous renseigne : le deuxième groupe, pour des raisons de sécurité, n’a pas eu à tour­ner la bouée au milieu du fleuve. Le commissaire de la course confirme, naïvement. Nous en parlons au président de l’association organisatrice et son attitude, d’abord désinvolte puis méprisante à notre égard, est sans doute la cause de ce qui va suivre.

            Je lui écris une lettre circonstanciée pour lui demander au moins des excuses. Il me ré­pond en prétendant qu’il ne s’agissait pas d’une compétition mais d’un simple défilé de bateaux décorés. Et la coupe vitesse ? Et le commissaire de course ? Les avons-nous rêvés ? Outré par tant de mauvaise foi, j’écris une autre lettre dénonçant ce que j’appelle une forfaiture aux deux sponsors de la manifestation : la municipalité de Compiègne et la société Jacob Delafon.

            Quinze jours plus tard, un courrier portant en-tête d’un cabinet d’avocats nous apprend que l’association nous réclame 13000 francs (2000€) de dommages et intérêt pour délit constitué de diffamation par écrit. Allons-nous nous laisser faire ? Je vous raconterai cela la prochaine fois.

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