6- La souris des champs

Publié le par BMx

 

   Pourquoi abattre cet animal protégé ? Et bien voilà le premier suspense de fin d’épisode que je ne soulagerai pas. Nous n’avons jamais élucidé l’affaire. Inconscients des lois en matière, nous avons rapporté l’écureuil à Paris, l’avons écorché et… mangé.

         Pourquoi casser le pare-brise de notre camping-car ? Notre inquiétude est grande : veut-on nous signifier que nous sommes indésirables ? La gentillesse et l’accueil bienveillant de nos voisins de Piquet cache-t-il l’animosité et le rejet d’autres habitants de Saint-Victor ? La vandalisme est-il aussi une pratique de la jeunesse ardéchoise ?

         Ce suspense-là, je vais le soulager de suite pour compenser le précédent. La réponse est évidemment non à toutes les questions. Les enfants de Saint-Victor ne sont pas des vandales et notre retour « à la source » ne suscite aucune opposition. Pas la moindre pierre dans le camping-car. Mais souvenez-vous de l’écureuil congelé. Comme le Ford est stationné face au soleil levant, la différence de température soudaine après le gel de la nuit a fait dilater puis exploser le pare-brise. Nous rafistolons avec un film plastique.

        
         

        A l’intérieur, Françoise avait laissé ses bottes. Elle pousse un cri en enfilant la première : il y a quelque chose au fond. Elle la vide par la porte : morceau de feuilles, bouts de plastique coloré, de tissu laineux et un gros paquet d’éclats de pare-brise. Une souris des champs avait élu domicile dans la botte ! Brave souris ! Attirée par ce qui brille, elle a sans doute cru que le verre donnerait des allures de luxe à son petit intérieur.


         Le temps est sec, nous descendons et garons la voiture à côté du camping-car. Elle y reste toute notre semaine de vacances. Au moment de reprendre la route, je relève le capot pour vérifier le niveau d’huile et retient une exclamation de surprise. La souris a déménagé sur le filtre à air. Patiemment, éclat par éclat, grain à grain, feuille à feuille, elle a transporté tout ce que Françoise avait vidé de sa botte et l’a monté, à grand peine je suppose, jusqu’au sommet du moteur. Voilà un labeur qui, toute proportion gardée, s’apparente aux travaux d’Hercule. Nous en concevons beaucoup d’admiration pour cette souris des champs qui nous paraît résumer les qualités des personnes du pays. Timides et réservés comme cette souris que nous n’avons jamais vue, naïfs sans doute parce qu’éloignés des magouilles de la capitale, mais innocents de toute mauvaise intention, et, par dessus tout, travailleurs infatigables. Leurs aïeux ont modelé les pentes infertiles en « chalets » (terrasses) soutenus par des murets de pierre sèche. Certains avec des blocs cyclopéens. Cultiver ces terrasses était un défi permanent. Il fallait régulièrement remonter la terre, dans une hotte, à dos d’homme. Les murets, bâtis sans mortier, s’écroulaient périodiquement et il fallait réparer, patiemment, sans broncher, pierre à pierre, comme la souris. Les gens souvent, après leur journée d’usine, continuent, qui à cultiver un bout de terrain, qui à élever un petit troupeau, qui à produire du bois de chauffage, économisant sous à sous, comme la souris.

         J’ai écrit au début que nous avions emporté l’écureuil à Paris. Cela relevait du transport et recel du délit de braconnage  mais nous avions à l’époque, en 1995, d’autres soucis avec la loi puisque nous étions poursuivis pour diffamation, à la suite d’une course de baignoires.

         Oui, une course de baignoires ! Sur l’Oise, à Compiègne. Une histoire un peu compliquée, il va sans dire. Et que je vous raconterai dans l'article suivant.

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