25é épisode : Le veau qui tenait un pistolet.

Publié le par Les Malaugenoux

 

Résumé des épisodes précédents : Françoise et Bernard ont racheté en 1994 la ferme de l’arrière-grand-père de Bernard, à Montpoulet, Saint-Victor. Depuis la région parisienne, ils viennent d’abord y passer leurs vacances et débroussaillent. Ils retrouvent la source, une faune fabuleuse, des voisins généreux tandis que la configuration cabalistique des fondations de la ruine les fait rêver d’un trésor. Ils viennent s’installer sur place en 1997. Leur permis de construire est refusé puis accepté après plusieurs recours, et les travaux vont bon train malgré l’amateurisme de ces « néo-ruraux ». Parti à la recherche d’ossements, Bernard fait écrouler les fondations de toute une façade et dégage un squelette de veau.. (On peut lire les épisodes sur le papier de Lcho des trois clochers, 07410 Saint Victor)

 

Une patte de veau et un pistolet, donc. Mais je m’aperçois que, tout à ma hâte de vous conter le beau Douglas, j’ai oublié de vous dire pourquoi il est courbé, ni comment je l’ai apporté là, ce qu’on me demande souvent… Cependant, le lecteur préfèrera sous doute que je lui parle du pistolet. Va donc pour le pistolet !


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Une patte de veau et un pistolet. En voilà une énigme ! En voilà du suspense ! Agatha Christie se retourne dans sa tombe… Non ? Trop peu vraisemblable ? Puis-je embêter le lecteur avec une nouvelle intrusion ? Parce que finalement, tout ce que je vous raconte, c’est peut-être tout faux… Quand on raconte une histoire, le but c’est d’intéresser son auditoire, il faut donc recourir à certains artifices, dont certains sont très connus des raconteurs professionnels. Et donc, c’est bien tentant, même quand on raconte une histoire authentique, de recourir à de la fiction. Certains ne se gênent pas. Beaucoup des « aventures authentiques » montrées à la télé sont bidonnées, nombre de « documentaires » sont écrits avant qu’on aille sur le terrain et cherchent plus à défendre une thèse qu’à décrire la réalité. Peut-être qu’il n’y a jamais eu d’ossements là où je le dis, et encore moins de pistolet. On dit aussi que la fiction doit être vraisemblable alors que la réalité n’a pas besoin de l’être. Ici la réalité a la vie dure, l’argument inoxydable.

Il y avait bien un pistolet.

Mais pas là, entre les « doigts » du veau, c’est vrai, je le dis tout de suite pour me faire pardonner, mais un peu plus loin, sur le chemin vers Gompaloup, sur le chemin vers le trésor, comme si quelqu’un avait voulu le défendre. Oh, et puis, pas un pistolet récent avec cela, il n’en reste d’ailleurs que le canon et le chien ainsi qu’un ressort que je ne sais pas identifier. Tout ce qui était en bois, la crosse par exemple, a disparu. Aussi, grâce aux photos qui suivent, je vais mettre le lecteur à contribution, pour qu’il nous aide à résoudre l’énigme, notamment avec l’âge de ce pistolet, quelle époque, quelle période trouble de l’histoire qui aurait donc conduit l’ancien habitant de Montpoulet à s’armer pour aller cacher son trésor à Gompaloup ? Si le lecteur a une idée, merci d’écrire au journal.

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Revenons maintenant au beau Douglas. Un visiteur m’a décontenancé un jour en me demandant comment je l’avais « cintré ». Autrement dit, comment je l’avais courbé pour qu’il singeât ainsi la nervure d’une coque de bateau renversé, comme c’est le cas de beaucoup de charpentes de granges. L’esprit taquin, je lui répondis que j’avais dû le faire bouillir de longues heures avant de l’enrouler autour de ma cuisse.

Il est bien sûr courbé naturellement et ce n’est ni le vent ni la pente qui peuvent expliquer que de nombreux sapins, mais pas tous, soient ainsi courbés. La meilleure explication, je ne sais plus qui me l’a donnée mais je la fais mienne. Autour de leur dixième année, les arbres sont à la bonne hauteur pour que les chevreuils viennent frotter leurs nouvelles cornes contre la tige du sommet. Ils en enlèvent l’écorce et la tige verticale meurt. C’est alors une tige inférieure, horizontale, qui vient la remplacer, en se redressant mais en gardant à sa base son orientation originelle, d’où la courbure. Si le lecteur a une autre explication, merci d’écrire au journal.

Après l’avoir abattu, dans une pente à 500 m de la maison, je l’ai attelé à mon tracteur miniature et l’ai faire descendre sur 50m tant que la pente m’obligeait à me cramponner au volant pour ne pas passer par-dessus. Ensuite ila fallu l’aide de notre voisin du bas, merci Hervé, qui a réussi à faufiler son gros tracteur entre les sapins. Il a ensuite chargé le beau Douglas sur son camion, lui a fait faire le tour de la montagne pour le déposer au sommet de Montpoulet. De nouveau, j’ai attelé mon micro tracteur pour subir la même punition : je n’ai pu déplacer le tronc que sur la pente supérieure à 45 degrés. Ensuite, c’est notre voisin du haut, merci Maurice, qui a pris le relais pour traîner le tronc jusque devant la future entrée de la salle à manger. J’avais acheté un palan ; je l’ai attaché à un pan de mur que je venais de rebâtir et, en priant que le ciment fût de bonne qualité, j’ai tracté le bout de bois à l’intérieur. J’ai ensuite érigé une « chèvre » de trois petits sapins et pendant plusieurs jours j’ai alternativement soulevé le talon du tronc pour bâtir un socle en pierres, dix centimètres à la fois, et soulevé la pointe, avec le palan attaché à un autre pan de mur, pour la couper prudemment, petit à petit, pour qu’elle appuie contre le mur, ni trop haut, ni trop bas, en respectant les 30% de pente des toitures d’ici, puisque le beau Douglas était promis à un futur d’arbalétrier. Mais jusqu’au bout, jamais je n’ai été sûr d’y arriver.

 

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Après, il avait fallu surélever un vieux mur pour aplanir un « chalay » (terrasse) sur le chemin vers le trésor. Et c’est alors que survint un autre de mes déboires de maçon. J’éventrai la piscine en plastique et déclenchai un tsunami aux conséquences catastrophiques. Mais il se fait tard, je vous raconterai cela la prochaine fois.

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