21bis - Permis impossible

Publié le par Les Malaugenoux

           Résumé des épisodes précédents : Françoise et Bernard ont racheté en 1994 la ferme de l’arrière-grand-père de Bernard, à Montpoulet, Saint-Victor. Ce n’est plus qu’un tas de pierres recouvert de végétation. Ils débroussaillent, retrouvent la source, découvrent une faune fabuleuse et des paillettes d’or tandis que la configuration cabalistique des fondements de la ruine les fait rêver d’un trésor. Ils obtiennent leur mutation en 1997 et viennent s’installer dans une caravane doublée d’un auvent. Leur première demande de permis de construire est refusée puis acceptée, mais il leur faut déposer une nouvelle demande qui leur est refusée pour risque d’incendie. Devant la preuve qu’il y avait eu une erreur dans l’instruction du dossier, le préfet accepte de s’incliner. Mais c’est la DDE qui rédige un permis finalement impossible à rédiger tant les prescriptions sont coûteuses ou invraisemblables.

(Première publication dans l’Écho des Trois Clochers, 07410 Saint Victor)

 

            Avant tout cependant et après cette peinture critique de l’ardu chemin que nous avons dû suivre pour obtenir ce qui était bien légitime somme toute, à savoir le droit de restaurer dans ses fondations une maison familiale, peinture que le lecteur aura peut-être trouvée acerbe, je tiens à préciser qu’au fond, il ne s’agit pas d’une critique des fonctionnaires ni même de l’administration. Qu’il y ait des lois absurdes ou contradictoires, qu’il y ait des règlements abscons et des décisions injustes, c’est inévitable et sans doute vaut-il mieux des lois imparfaites que pas de lois du tout, parce qu’alors ce serait la loi du plus fort. Ici, nous n’étions pas les plus forts mais, parce que notre demande était légitime, nous avons finalement obtenu gain de cause, et ce grâce à des élus attentifs et à des fonctionnaires zélés, certains peut-être trop zélés, mais tous animés de bonnes intentions, nous n’en avons jamais douté.

 

            Particulièrement animé de bonnes intentions ce « secrétaire général » de la Préfecture (il a rang de Sous-Préfet) qui nous téléphone le 31 décembre 1999 au soir, peut-être avec déjà quelques bulles dans le nez, pour nous expliquer comment interpréter à notre guise le fameux permis impossible aux prescriptions ahurissantes.

« On vous demande d’enfouir les réseaux mais la DDE a cru bien faire en rappelant en dernière page, vous y êtes, regardez, en rappelant les coûts des deux solutions, en aérien et en souterrain. S’ils donnent les deux options, légalement, c’est qu’ils annulent leur précédente prescription, vous me suivez ?

    Je vous suis.

    Deuxième problème, le chemin d’accès et cette histoire de tronçon numéro deux à mettre aux Normes Engins… Existe-t-il un document officiel qui numérote les tronçons ? Non ? Et bien il vous suffira d’inverser l’ordre de la DDE et d’appeler « numéro deux » le tronçon qui est déjà aux normes. Vous me suivez toujours ?

    Je vous suis et j’admire !

    Pour le troisième problème, l’obligation qui vous est faite d’avoir une piscine, une pompe thermique et des tuyaux, je crois que vous pouvez faire un geste. On n’est pas à l’abri d’une catastrophe…

    Parfaitement, vous savez que nous sommes déjà équipés d’un groupe électrogène ; je veux bien m’équiper contre l’incendie. Et pour faire bonne mesure, nous achèterons même des casques !

    Très bien, envoyez-moi alors un courrier qui précise comment vous interpréterez votre permis et ma réponse positive vaudra autorisation. Et buvez à ma santé, bonne année ! »

 

            L’histoire des poursuites pour diffamation (épisodes 7 et 8) m’avait appris que certaines lois étaient faites pour faire travailler les avocats, ce permis m’apprend qu’elles peuvent être défaites pour laisser quelque loisir aux préfets.

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