Un Ardéchois dans la ville

Publié le par Prince Bernard

L'image est tirée de mon premier passage à l'émission il y a deux ans, tout étant gardé très secret jusqu'à la diffusion, mais je peux préciser que pour ce deuxième passage, je portais le grand uniforme de la garde princière de Montpoulet, avec palmes académiques et fourragère. Je promets à cet égard une bonne partie de rigolade en duo avec Nagui.

L'image est tirée de mon premier passage à l'émission il y a deux ans, tout étant gardé très secret jusqu'à la diffusion, mais je peux préciser que pour ce deuxième passage, je portais le grand uniforme de la garde princière de Montpoulet, avec palmes académiques et fourragère. Je promets à cet égard une bonne partie de rigolade en duo avec Nagui.

 

Tous les parisiens à qui j'ai expliqué, qu'ayant trouvé grille close à l'entrée du train souterrain, j'effectuais à pied l'aller-retour Gare de Lyon-Porte de la Chapelle, se sont montrés étonnés, voire effrayés, comme le réceptionniste de l'hôtel où je séjournai, et qui voulait que je prenne une succession compliquée d'autocars urbains et de trains souterrains automatiques, les seuls qui échappaient à la grève. 

 

Et pourtant chaque trajet ne fait que huit kilomètres, c'est à dire nettement moins que ce que beaucoup de retraités effectuent en payant l'adhésion à un club de randonnée. Vous allez me dire oui, mais ils marchent à la campagne, pas en ville ! Et alors ? La ville est infiniment plus distrayante que la campagne. Le paysage change à chaque nouvelle vitrine, les personnes rencontrées sont plus colorées, à tous égards, témoignant d'une diversité comme seules les grandes villes cosmopolites peuvent offrir, à moins que ce ne soit pur témoignage de la vaste étendue de l'empire colonial français, et si aucune de ces personnes ne vous dit bonjour, aucune ne vous retarde non plus. Les sons varient peut-être moins qu'en forêt mais on les identifie plus sûrement. Il y a par exemple toute une variété de sirènes que, courageusement, comme Ulysse Le Curieux, je ne me suis pas privé, par quelque cire de quiétude, d'écouter. Je me serais pourtant alors épargné le son carrément monstrueux des deux-roues motorisés non électriquement… Les odeurs y sont également plus variées qu'à la campagne, depuis l'entêtant parfum des élégantes que je croise jusqu'aux fumets de viande rôtie des étals des marchés, en passant par le relent inimitable des bouches d'aération du train souterrain. J'émets une deuxième réserve toutefois sur les deux-roues etc. qui, disons-le simplement, puent du pot. Mais là, ma vie au grand air m'a doté d'un réflexe :  mon diaphragme se bloque en une fraction de seconde, et je peux, comme un cachalot qui sonde, traverser le nuage en apnée.

 

Un Ardéchois dans la villeUn Ardéchois dans la ville

J'ai effectué l'aller en deux heures et demie, et le retour en une heure de moins. D'abord parce qu'à partir d'une sortie latérale de la Gare de Lyon, j'étais parti dans le mauvais sens. Et oui, pas moyen, pour m'orienter comme en forêt, de trouver le soleil à travers les arbres et ce n'est qu'en arrivant à la bibliothèque Mitterrand, où l'espace est plus dégagé, que j'ai pu me rendre compte de mon erreur. Ensuite parce qu'au retour, j'avais gagné, dans le jeu télévisé pour lequel j'allais à la capitale, une valise de fabrication chinoise dotée, on n'arrête pas le progrès, de deux petites roulettes qui m'ont évité de faire peser sur mes épaules le poids de la garde-robe que j'étais tenu d'apporter, dans le cas improbable mais toujours possible, où j'aurais détrôné la championne. 

 

Il s'agit d'un jeu qui n'est pas sans me rappeler le concours de l'agrégation. Il y a un programme mais l'on commence par deux questions hors programme. Pour ma promotion de six candidats, le programme était « le long du Mississippi » un régal pour qui, comme moi, s'est spécialisé en civilisation américaine et a franchi au moins deux fois ce fleuve… à vélo (sur des ponts !) J'avais très peur en revanche des premières questions qui souvent supposent que vous ayez passé votre vie devant un téléviseur. J'en ai eu une de ce genre : quel est le film dans lequel Tom Cruise commet le péché de chair (enfin, formulé de façon plus contemporaine), avec telle actrice que je ne connais ni des lèvres ni des dents. J'ai demandé qu'on me suggérât quatre réponses possibles et j'ai eu mon épiphanie, j'avais déjà entendu cette question et sa réponse quelque part : Top Gun. Cela me permit d'accéder, après une deuxième question plus littéraire, à la deuxième partie du jeu, c'est à dire à la valise à roulettes. J'ai alors plutôt mené la danse jusqu'à cette question sur un exploit dont je n'avais trouvé nulle trace : en combien de jours Martin Strel a-t-il descendu le Mississippi à la nage ? j'aurais dû  demander dans quel sens, mais j'ai présumé que c'était en descendant et estimé la chose, compte-tenu du courant, à quatre jours. C'était 68 ! 

À contre courant donc, je suppose.

 

 

Dans la Grande Loge où les candidat.e.s sont chouchouté.e.s par les « Chargées de Casting. »

Dans la Grande Loge où les candidat.e.s sont chouchouté.e.s par les « Chargées de Casting. »

J'ai ainsi, grâce aux roulettes, et aux rebords de trottoir opportunément adaptés à cette invention chinoise, beaucoup moins peiné qu'à l'aller, et donc beaucoup moins rejeté de gaz carbonique. Je me demande si je peux aller directement vendre en bourse écologiste cette économie de CO2, ou si cela revient au fabricant chinois.

 

Cette valise s'accompagnait d'un « vanity » sur lequel il y a aurait beaucoup à dire car enfin, ramener le souci qu'ont ces dames de soigner leur apparence à de la pure vanité, n'est-ce pas sexiste ? Quand bien même ferait-on remarquer que ce souci entraîne le transport de cinq bons dm3 de matériaux et d'instruments divers, ce n'est pas plus tolérable que l'allusion d'un député de la majorité aux centimètres de peinture dont une sénatrice EELV se tartine le visage.

 

Pendant ma balade de 16 km,  j'ai croisé de nombreux… agents de propreté (en novlangue) dont les balais, je n'en croyais pas mes yeux, étaient des imitations de genêts en plastique ! J'en reste encore très contrarié, d'abord parce que les vrais genêts ne manquent pas, ils poussent comme robinier à Montpoulet et je suis tout prêt à les céder gratuitement. Sur pied, s'entend. Ensuite parce qu'au milieu de tout ce tapage concernant les déchets en plastique, je ne comprends pas comment une municipalité affichant autant de zèle écologiste continue à balayer avec du plastique. Enfin, balayer, il faut le dire vite, l'imitation plastique doit être moins efficace que l'original (que nous appelons d'ailleurs « balay » en patois galinomontois) puisque j'ai trouvé les rues de la capitale que j'ai parcourues passablement jonchées de détritus. J'ai même croisé la route, dans le jardin Vuillemin, d'un rat qui m'a rappelé nos sangliers ardéchois. 

Pas pour la taille,  mais en ceci qu'il traversa sans prévenir.

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