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Écho des Trois Clochers n°44, ou 33è épisode de la Chronique de Montpoulet.

Publié le par Prince Bernard

L'Écho des Trois Clochers est un des périodiques du village français à la frontière de Montpoulet. Il contient ce 33é épisode de La Chronique de Montpoulet. L'épisode reprend quelques articles déjà publiés ici de façon disparate. Les voici ici réunis avec davantage de photos.

33è épisode : L'affriolant frôlement des frelons.

Résumé des épisodes précédents : Françoise et Bernard ont racheté en 1994 la ferme totalement en ruines de l’arrière-grand-père de Bernard, à Montpoulet, Saint Victor. Ils viennent d’abord y passer leurs vacances et défrichent. Ils retrouvent la source, une faune fabuleuse, des voisins hospitaliers tandis que la configuration cabalistique des fondations les fait espérer un trésor. Ils viennent s’installer dans une caravane en 1997. Leur permis de construire est accepté après trois refus, et les travaux vont bon train malgré l’amateurisme de ces néo-ruraux. Après avoir retourné son tracteur trois fois, Bernard fait écrouler toute une façade, deux pins douglas manquent tout juste lui coûter la vie, et leur petit poulailler est régulièrement razzié par renards, rapaces ou fouines (voyez les numéros précédents de l'Écho des Trois Clochers, ou bien http://www.magnouloux.fr). Et dans la série Nos amies les bêtes, d'autres animaux leur créent des soucis :

 

        Les frelons par exemple. Après plusieurs nids dans des murs, invisibles, nous en avons eu deux en en plein air de toute beauté. En effet les frelons sont des artistes. Il ne sont pas agressifs, c'est juste que, par comparaison avec les guêpes de terre qui attaquent tout ce qui bouge, et étant donné qu'un frelon est cinq fois plus gros qu'une guêpe, dont il se nourrit, soit dit au passage, on craint le pire. Le frelon est discret : Françoise est allée maintes fois près du premier nid, caché derrière un arbalétrier du planchat, sans les remarquer du tout, tellement le véritable artiste est discret. Mais quand ils ont commencé à venir butiner les lampes du Palais, il a bien fallu trouver leur repaire, collé aux voliges.

           En essayant de ne pas les déranger, nous sommes venus rendre hommage à leur talent d'architectes et de stylistes. Ne dirait-on pas une création d'Antonio Gaudi, le créateur de la Sagrada Familia de Barcelone ?

Écho des Trois Clochers n°44, ou 33è épisode de la Chronique de Montpoulet.
Écho des Trois Clochers n°44, ou 33è épisode de la Chronique de Montpoulet.
Écho des Trois Clochers n°44, ou 33è épisode de la Chronique de Montpoulet.

       Leur deuxième œuvre d'art, deux ans plus tard, apparut dans la caravane ; Françoise était venue changer les draps, elle a senti comme une odeur, elle a relevé la tête, ils étaient là, pacifiques, à quelques centimètres de son visage. Elle partie en courant. Nous sommes revenus à deux prendre les draps, ranger, photographier. Ils n'ont rien dit. Françoise leur a même le lendemain amené des admirateurs, des randonneurs australiens qui parcouraient le GR42. Ils ont beaucoup admiré...

Écho des Trois Clochers n°44, ou 33è épisode de la Chronique de Montpoulet.
Écho des Trois Clochers n°44, ou 33è épisode de la Chronique de Montpoulet.
Écho des Trois Clochers n°44, ou 33è épisode de la Chronique de Montpoulet.

          Et puis, deux semaines plus tard, j'ai voulu refaire des photos, le nid s'étant agrandi. Et j'ai commis l'erreur d'utiliser un flash. J'ai pris des notes : y'a dû y avoir malentendu. Au premier flash deux éclaireurs me sont venus dessus, j'ai reculé et puis je suis revenu faire une photo de plus près. Ils ont dû prendre l'objectif pour une arme puisqu'ils ont attaqué la main qui tenait l'appareil photo. Un quart d'heure plus tard, je me sens tout bizarre... J'ai des fourmillements sous la plante des pieds et à l'instant, sur le tracteur, j'ai cru que j'allais perdre connaissance, je voulais arrêter le tracteur et aller chercher un téléphone mais pas d'endroit pour se garer, j'ai continué, la nausée s'est finalement enfuie...

 

           La guerre était déclarée. Nous avons pourtant essayé de garder la tête froide : c'était juste le flash ; ils ont cru à une attaque. Une sorte de méprise. On va pas se battre sur un quiproquo quand même ! Non, mais ce qui nous a décidé à passer à l'offensive, ce sont les immondices qui s'amoncelaient sous le nid (pas plus d'Assainissement Non Collectif que de tout-à-l'égout chez la gent frelon) et l'odeur pestilentielle qui en résultait. Françoise a revêtu son armure de chevalier blanc et, deux rafales d'insecticide plus tard, les frelons avaient vécu :

Écho des Trois Clochers n°44, ou 33è épisode de la Chronique de Montpoulet.
Écho des Trois Clochers n°44, ou 33è épisode de la Chronique de Montpoulet.
Écho des Trois Clochers n°44, ou 33è épisode de la Chronique de Montpoulet.

Nos (pas tant) amies les bêtes (que ça), bis :

       Ils ont attaqué à l’aube comme il se doit. Ils étaient deux, l’un rabattait, l’autre abattait. Méthodiquement et sans perdre de temps. Sans même celui de la jouissance et de la réflexion. En vrais professionnels. Sans le moindre sentiment. La neige amortissait tous les bruits. Les naines leur ont échappé, grâce à leur pouvoir de voler, mais pas les pondeuses, ni le maître.

Écho des Trois Clochers n°44, ou 33è épisode de la Chronique de Montpoulet.
Écho des Trois Clochers n°44, ou 33è épisode de la Chronique de Montpoulet.

         Pour garder l’un des deux assaillants prisonnier, le cousin Roger a condamné la porte avec un piquet de tente. Mais la porte a été défoncée et le prisonnier a disparu. J'ai le piquet en main quand je commence à suivre les traces. Intelligentes, les traces, faites pour perdre les poursuivants, avec de nombreux aller-retour. En passant devant le calabert, j’ai une idée. Trois coups de meuleuse et mon piquet devient lance ; alors quand je repars sur les traces de la Bête, je suis Lancier du Bengale à l’assaut de la frontière du nord-ouest, je suis la Cavalerie Fédérale sur les traces des voleurs de chevaux, Calamity Jane et Heraklès en un mélange d’attendrissement féminin (quand même, c’est qu’une bête, c’est pas sa faute, elle avait faim...) et d’inflexibilité vengeresse (Monsieur, si c’étaient mes poules qui étaient venues chez vous, défoncer la porte et tuer votre mastard, n'auriez-vous pas essayé d’empêcher ma volaille de nuire encore ? Et je vous interdis de rire !)

         Et puis, hein, marre d’être fonctionnaire et d’être protégé de toutes parts, encadré sous tous les angles, assuré contre vents et marées. Envie de revenir à l’âge de pierre, envie de faire mentir l’évolution selon Darwin, envie d’en découdre avec la vie, même au péril de la sienne…

 

           L’attaque c’était donc vendredi matin, une des deux bêtes, le (chien) loup s’est échappé à l’arrivée de Roger et de Françoise, l’autre fut donc barricadé à l’intérieur. Furieux, il cherchait à sauter par-dessus la grille mais se heurtait au filet anti-rapaces ; debout, il l’atteignait, à 1,80m ! Françoise a appelé la gendarmerie. L’affaire leur paraissant de la plus haute importance, ils annoncèrent qu’ils venaient tout de suite puis, une demi-heure plus tard, que la neige les empêchait de monter. L’armée française n’a pas pu atteindre Montpoulet ! (J'ai pris des notes : en cas de guerre avec la France, attaquer en hiver). Ils conseillèrent d’appeler le maire. Celui-ci conseilla soit d’abattre la bête soit de porter plainte à la gendarmerie.

           C’est ce que je fais le samedi matin, après avoir perdu la trace dans la neige. La gendarmette qui prend ma déposition confirme qu’ici, l’armée française traite d’affaires de la plus haute importance stratégique. Sa première déposition, me confie-t-elle alors que je m’excuse de la déranger pour si peu, les dommages étant estimés à… 30 ou 35 €, sans compter c'est vrai le préjudice moral des œufs tout chauds et du cocorico disparus, concernait une plainte contre un coq tonitruant le matin tôt.

            Les gendarmes ont bien mené une enquête, nous en avons eu des échos, mais les chiens errants n'ont jamais été retrouvés. Je suis par ailleurs toujours fonctionnaire et Montpoulet n'a pas encore attaqué la France.

On pourrait croire, à lire ces derniers épisodes que nos Amies les Bêtes aient été à Montpoulet nos ennemies. Mais heureusement il y eut aussi les aigles mangeurs de serpents. Des aigles à Montpoulet ? Allons donc ! Et bien si, et je le prouverai au prochain numéro de l'Écho des Trois Clochers.

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La défense sournoise du pin sylvestre qu’on abat.

Publié le par Prince Bernard

 

J’ai déjà raconté comment à Montpoulet les arbres savent se défendre lorsque je cherche à les abattre, comment un pin douglas m’avait cloué sur une planche ; comment un autre m’avait envoyé à l’hôpital avec un pneumothorax et comment je m’étais planté la tronçonneuse dans le mollet en voulant débiter un troisième. Mon voisin Maurice résume tout cela en un sibilin « Le bois, c’est traître ! ». Dernier exemple en date : le pin sylvestre qui menaçait nos lignes d’approvisionnement en électricité et téléphone. Déjà une de ses branches, en se détachant, avait failli couper le fil du téléphone et tordu la cornière qui l’attache au poteau.

 

La défense sournoise du pin sylvestre qu’on abat.

Quand la nature s’attaque à votre connexion internet, on ne peut que contr’attaquer, non ? Seulement voilà, un pin sylvestre, cela vous a souvent une sorte de coiffe, des branches en parapluie au sommet (comme celui qui avait accueilli le nid de circaètes ) qui empêchent le tronc de se coucher complètement. Il faut alors tronçonner des branches qui sont en tension et qui risquent de vous éclater à la figure en provoquant le basculement de tout l’arbre sur vous.

La défense sournoise du pin sylvestre qu’on abat.

J’avais pour celui-ci consciencieusement évité tous les pièges quand je m’attaquai à une dernière branche de moins de dix centimètres de diamètre mais dont je ne voyais pas qu’elle était plantée dans le sol. Et c'est bien là que se nichait toute la sournoiserie du pin sylvestre. Crac, la blessure du bois se referma sur le guide-chaîne et ne voulut pas le relâcher. Dans un dernier sursaut, l’arbre me confisquait ma tronçonneuse !!!

Je me débattis en tordant mon engin dans tous les sens pour le dégager. Rien à faire, il fallait négocier… Finalement, j’obtins, en démontant la machine, de reprendre le bloc moteur, puis le guide-chaîne. Le pin sylvestre gardait la chaîne en otage.

Bon, je l’avais bien eu, finalement, parce-que, hé hé… j’avais une deuxième chaîne.

La défense sournoise du pin sylvestre qu’on abat.

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Boun djou boun an

Publié le par Prince Bernard

Bonne année !

Sortons de nos tours crénelées

pour aller trouver la lumière là

où nous ne la savions pas !

Boun djou boun an

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Bombus hortorum ou lucorum ?

Publié le par Prince Bernard

Je les ai longtemps appelés des « abeilles charpentières », cela m'arrangeait, cela me faisait des collègues pendant les travaux. Mais maintenant que les travaux sont finis j'ai pris la peine d'approfondir la question : il s'agit de simples bourdons, bombus, comme dans Les Voyelles de Rimbaud, et dont il existe de nombreuses variétés. J'hésite quant à celui-ci, même après examen attentif des bandes de couleurs qui le décorent comme un drapeau. Est-ce l'hortorum, qu'on dit hirsute et abondant dans les jardins, mais je l'ai trouvé dans la bibliothèque, ou le lucorum au collier et deuxième bandeau jaune citron, mais entre le jaune citron et le jaune canari, je me perds ?

Bombus hortorum ou lucorum ?
Bombus hortorum ou lucorum ?Bombus hortorum ou lucorum ?Bombus hortorum ou lucorum ?

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Le vice de la vis indévissable

Publié le par Prince Bernard

Nos députés se sont récemment penchés sur le problème de l’« obsolescence programmée ». Mais pour programmer, il faut vouloir, il faut en avoir l’intention, deux choses impossibles à prouver. Humblement je leur propose plutôt d’interdire les artifices visant à empêcher de simples réparations, ce qui, relevant du concret le plus basique, est facile à prouver. Exemple :

J’ai eu récemment trois appareils électriques en panne. Un aspirateur, une meuleuse et un sèche-cheveux. La seule cause en était la coupure des fils d’alimentation en cuivre à l’endroit où ils sont le plus souvent tordus, invisibles sous le plastique du cordon. Rien de ne plus simple à réparer. Il suffit au minimum de raccourcir, et au pire de changer le cordon et sa fiche. Cela fut rondement mené pour l’aspirateur, loué soit monsieur Dyson, puis pour la meuleuse, encensé soit monsieur Bosch, mais pour le sèche-cheveux, je butai sur deux vis indévissables. LE vice. Maudit soit monsieur Braun !

J’ai une (dé)visseuse électrique dont le coffre ne contient pas moins de quatre-vingt têtes différentes, de façon à s’adapter toutes les têtes de vis de la création. Des fentes plates, des fentes étoilées, des fentes hexagonales, des fentes rondes (sic), des fentes bilabiales, etc. mais rien pour les vis à fente spiralée du sèche-cheveux. Il m’a fallu plusieurs heures pour en venir à bout et s’il avait fallu payer un réparateur pour cette réparation simplissime, cela aurait bien coûté l’équivalent de dix sèche-cheveux. Sauf à compter le traitement des déchets.

Je reconnais toutefois que ma passion pour le bricolage de réparation dépasse parfois les limites du raisonnable. Quelques exemples :

Acier chromé très difficile à percer. Un seul boulon ne suffisait pas à rendre l'ustensile non intempestivement repliable.
Acier chromé très difficile à percer. Un seul boulon ne suffisait pas à rendre l'ustensile non intempestivement repliable.Acier chromé très difficile à percer. Un seul boulon ne suffisait pas à rendre l'ustensile non intempestivement repliable.

Acier chromé très difficile à percer. Un seul boulon ne suffisait pas à rendre l'ustensile non intempestivement repliable.

Pour ne pas se brûler les doigts, il a fallu isoler le boulon avec de la cordelette.
Pour ne pas se brûler les doigts, il a fallu isoler le boulon avec de la cordelette.Pour ne pas se brûler les doigts, il a fallu isoler le boulon avec de la cordelette.

Pour ne pas se brûler les doigts, il a fallu isoler le boulon avec de la cordelette.

Pour que l'histoire ne se répète pas, j'ai remplacé l'indévissable par une vis à fente... droite.Pour que l'histoire ne se répète pas, j'ai remplacé l'indévissable par une vis à fente... droite.

Pour que l'histoire ne se répète pas, j'ai remplacé l'indévissable par une vis à fente... droite.

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Souvenirs, souvenirs

Publié le par Prince Bernard

Cet été une éditrice m'a demandé des clichés de vélos couchés dans un décor de montagnes pour illustrer un ouvrage. Elle voulait des « clichés libres de droits », participant ainsi je suppose de l'élan actuel vers la suppression des droits d'auteur. Mais juste avant, elle m'avait demandé un cliché de la couverture de Tandem sur la Banquise, histoire de, sans le dire explicitement, échanger les droits contre de la publicité pour cette petite plaquette à l'italienne dont il doit bien me rester un millier d'exemplaires même si nous en donnons à tout visiteur de Montpoulet, tout visiteur en possession d'un visa s'entend, visiteur avec papier si l'on veut.

Ces clichés n'existaient encore que sur résines colorées, vous savez, ces espèces de tartines de confitures où la lumière creuse ici la fraise ou la mirabelle, là le cassis ou la tomate verte pour ne laisser passer que certaines couleurs quand on intercale la tartine entre une ampoule hallucinogène et un drap de lin blanc. Oui, c'est ça, j'avais oublié le nom, des dia-po-si-tives !

Il m'a donc fallu ressusciter le pilote d'un vieux scanneur à diapos, qui ne marche qu'avec Windows XP, extraire au Laguiole les tartines de leurs cadres sous verre, les ranger dans un petit chariot à crémaillère et que le scanneur a avalées avant de les recracher en millions de chiffres pour donner ça :

Dans les Landes et la Touraine...

dans le sud de l'Angleterre...
dans le sud de l'Angleterre...
dans le sud de l'Angleterre...
dans le sud de l'Angleterre...
dans le sud de l'Angleterre...
dans le sud de l'Angleterre...

dans le sud de l'Angleterre...

...la vallée du Rhône et les Cévennes de l'Ardèche...
...la vallée du Rhône et les Cévennes de l'Ardèche...
...la vallée du Rhône et les Cévennes de l'Ardèche...

...la vallée du Rhône et les Cévennes de l'Ardèche...

...à la Lozère.
...à la Lozère.
...à la Lozère.
...à la Lozère.
...à la Lozère.
...à la Lozère.

...à la Lozère.

Souvenirs, souvenirs
Souvenirs, souvenirs
Souvenirs, souvenirs
Souvenirs, souvenirs

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Les bricoleuses

Publié le par Prince Bernard

Les bricoleuses
Les bricoleuses

J’ai mis longtemps à l’identifier celui-là, parmi le million d’espèces d’insectes connues (Il y en aurait autant d’inconnues d’après les entomologues ; comment peut-on dire que la biodiversité s'étiole quand on n'a pas encore recensé toutes les espèces, faudra qu’on m’explique), tout simplement parce que, s’agissant pourtant d’une vedette de Montpoulet, la fameuse mouche scieuse, ou sirex géant, j’avais affaire ce coup-ci à un mâle, sans l’oviducte et la tarière caractéristique en scie égoïne. Lorsque j’avais présenté ici la femelle j’avais ironisé sur ces métiers de la construction associés à notre faune et après la mouche scieuse, l’abeille charpentière et la guêpe maçonne, à quand, avais-je demandé, la fourmi carreleuse, le papillon plombier et le scarabée électricien ? C’était négliger avec ces deux masculins, honte à moi, et ce sirex mâle sans scie me le rappelle, le fait que chez les insectes semble-t-il, la femme est l’avenir de l’homme depuis longtemps et que c'est elle qui bricole.

 

Publié dans Faune pouletmontoise

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Topettelesmouettes

Publié le par Prince Bernard

Maintenant que nos vélos sont équipés du positionnement par satellites, il nous faut revoir quelques certitudes : le col d’entrée dans la Principauté est à 663 m d’altitude et non pas à 650 m comme je l’avais hâtivement calculé sur carte en espérant qu’il fasse ainsi lieu de rassemblement pour la Confrérie des 650 (il s’agit du diamètre de leurs roues, en millimètres, en derniers défenseurs du système métrique pour le vélo) et la distance au premier village français, Saint-Victor, n’est pas de 2 km mais très précisément de 1604 m (il s’agit donc pile d’un mile anglais, de quoi accélérer notre adoption des mesures impériales pour renforcer notre dossier de candidature au Commonwealth —l’objet d’un prochain article)

 

C’est d’ailleurs l’informatique géopositionnée qui nous a remis sur les vélos. Quel bonheur en effet que, sans avoir à péniblement installer un aimant sur un rayon puis un capteur sur une fourche puis le compteur sur un tube du cadre, puis des piles dans le compteur, que de savoir depuis quelle heure on roule, combien de kilomètres on a parcouru et à quelle vitesse moyenne et maximale, où l’on s’est arrêté et si c’était pour pisser ou pour prendre une photo, à combien de coups par minute son cœur bat et dans combien de temps, donc, on est sensé passer de vie à trépas. C’est donc grâce aux satellites américains et c’est certainement M. Obama qui veille ainsi sur nous.

Enfin, lui ou sa femme, puisque la première fois que j’ai utilisé l’application, c’est une voix de femme qui est sortie de la sacoche où j’avais enfermé la tablette, pour claironner les informations listées ci-dessus. Avec un abominable accent, il va sans dire ; elle a dû apprendre le français sur internet, Mme Obama.

Que des selfies à l'ancienne, au jugé.Que des selfies à l'ancienne, au jugé.
Que des selfies à l'ancienne, au jugé.
Que des selfies à l'ancienne, au jugé.Que des selfies à l'ancienne, au jugé.

Que des selfies à l'ancienne, au jugé.

Ce qui nous a surtout remis sur les vélos, à vrai dire, c’est la sollicitation amicale. Autant, ci-dessus, les membres des divers clubs auxquels nous appartenons que des amis lyonnais pour qui nous sommes les régionaux de l’étape Ardéchoise ou les guides indigènes en Terres Inconnues…

Col des Emballes à 14% et Dolce Via à moins de 4%Col des Emballes à 14% et Dolce Via à moins de 4%
Col des Emballes à 14% et Dolce Via à moins de 4%

Col des Emballes à 14% et Dolce Via à moins de 4%

...que les cyclo-campeurs détournés en Principauté par les annuaires tels que Warm Showers ou Cyclo Accueille Cyclo. Nous avons ainsi reçu Marion dont les photos suivantes, encore des selfies à l'ancienne, viendront compléter celle de son blog : Topettelesmouettes

 

Le détail qui tue sur le vélo de Marion, c'est le bout de polystyrène sous la béquille.
Le détail qui tue sur le vélo de Marion, c'est le bout de polystyrène sous la béquille.Le détail qui tue sur le vélo de Marion, c'est le bout de polystyrène sous la béquille.

Le détail qui tue sur le vélo de Marion, c'est le bout de polystyrène sous la béquille.

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L'Écho des Trois Clochers n°43

Publié le par Prince Bernard

C'est un des périodiques du village français à la frontière de Montpoulet et il vient de sortir. Il contient ce 32é épisode de La Chronique de Montpoulet (deux par an, donc depuis 16 ans, cela donne le vertige). L'épisode reprend quelques articles déjà publiés ici.

32é épisode : Le cruel massacre de la martre

Résumé des épisodes précédents : Françoise et Bernard ont racheté en 1994 la ferme totalement en ruines de l’arrière-grand-père de Bernard, à Montpoulet, Saint Victor. Ils viennent d’abord y passer leurs vacances et défrichent. Ils retrouvent la source, une faune fabuleuse, des voisins hospitaliers tandis que la configuration cabalistique des fondations les fait espérer un trésor. Ils viennent s’installer dans une caravane en 1997. Leur permis de construire est accepté après trois recours, et les travaux vont bon train malgré l’amateurisme de ces néo-ruraux. Après avoir retourné son tracteur trois fois, Bernard fait écrouler les fondations de toute une façade, deux pins Douglas manquent tout juste lui coûter la vie, et leur élevage de poules est en butte à bien des malheurs.

Nos poules au port altier, à la cuisse légère et aux sots-l'y-laisse succulents attisent la convoitise des sauvages qui nous entourent, mais cette fois, c'est le bouquet, il ne s'agissait même pas de croquer cuisse ou poitrine, il ne s'agissait que de sucer le sang.

Ce fut alors un génocide sans révision possible : il n'y eût ni rescapée suspecte ni survivante logorrhéique. Les victimes étaient éparses, dans tous les coins où la bête immonde les avait coincées, livides et comme sortant du bain puisqu'il avait abondamment plu dans la nuit. Les larmes me montèrent aux yeux en imaginant la scène. Cela avait dû longtemps durer. Elles avaient dû m'appeler, normalement les cris m'éveillent, mais là, l'orage... La bête les avait assaillies l'une après l'autre, en avait fait son affaire pendant que les futures victimes erraient aveugles à la recherche de l'illusoire protection d'un recoin. Les larmes me sortirent des yeux à l'évocation de leurs naissances, certaines avec césarienne parce que dans la couveuse électrique, elles n'arrivaient pas à se libérer de la coquille. Les larmes coulèrent à l'évocation de leur affection pour moi qu'elles prenaient pour leur mère, à l'évocation de leur apprentissage de six mois : elles étaient prêtes à pondre. Et il n'en restait pas une de vive ! Alors, cette bête immonde, un vampire ? Vlad l'Empaleur ? Le fameux Comte Dracula ? Un zélé du centre de transfusion sanguine ?

L'Écho des Trois Clochers n°43

Nos poules au port altier, à la cuisse légère et aux sot-l’y-laisse succulents attisent en effet la convoitise de nombreux barbares qui entourent notre petite maison dans la forêt : buses variables et éperviers communs, autours des palombes aux yeux rouges, chiens errants aux yeux de rage et naturellement, renards roux. Mais là, il ne s'agissait ni des uns ni des autres.

Nous nous étions protégés des premiers en installant des filets mais les rapaces arrivaient régulièrement à entrer, le dernier peu de temps avant ce total massacre.

Le rapt rhapsodique du rapace

Alerté par les cris, je n'eus que le temps... de me munir d'un vieil échalas en robinier. Il me fallait procéder comme avec les vipères : immobiliser la bête avec le bâton et lui saisir les pattes. Les vipères n'ont pas de pattes ^^ ? Bon alors, lui saisir les serres : cela correspond à la tête de la vipère, c'est avec cela qu'il attaque, pas avec le bec, en tout cas pas moi, il me fixe de ses yeux ronds comme si je l'hypnotisais.

Il avait déjà mangé presque tout le côté d'une des poulettes que nous avons créées sans poule, juste avec des œufs (résolvant ainsi une énigme millénaire : qui est premier de l'œuf ou de la poule ? L'œuf bien sûr ! La poule n'étant pour l'œuf qu'un moyen de se reproduire selon Samuel Butler). C'est la trente-et-unième que nous doivent les rapaces.

L'Écho des Trois Clochers n°43

Ils trouvent toujours un petit trou... par où ils ne savent pas repartir, d'où les captures. C'est la quatrième (je m'empresse d'ajouter que j'ai toujours relâché : je suis un pro-nucléaire, pro-OGM, pro-gaz de schiste TRÉS écolo ! :D ). L'ami Antoine, ornithologue amateur, m'avait dit aux premières attaques ce n'est pas une buse, les buses ne s'attaquent pas aux poules, cela doit être un autour. Et bien la première capture, c'était une buse. La deuxième un épervier. La troisième fut effectivement un autour, animal imposant. Et là je crois bien être en présence d'un autour, ses yeux jaunes m'y font penser, sa taille moins, disons d'un juvénile comme disent les experts... sauf qu'un autour a les yeux presque rouges, comme quatre ans en arrière :

L'Écho des Trois Clochers n°43

      J'enferme l'animal dans notre cage à serins et comme le hasard fait bien les choses, j'attends la venue d'Antoine et de sa famille le soir même. Le rapace exhibé en plein diner fait son petit effet mais l'identification est incertaine : « un faucon, de toute façon, dit Antoine, peut-être un faucon hobereau... je reviens demain avec appareil photo et Guide Ornitho, de chez Niestlé et Delachaux. »

     Antoine revint et à quelques traits de plumage reconnut un faucon... émerillon. Il ajouta pour tranquilliser les poules : c'est un migrateur, et après cette nuit en cage, il n'est pas près de revenir dans le voisinage !

 

      

Photo Antoine Simao

Photo Antoine Simao

Nos poules au port altier, à la cuisse légère et aux sot-l’y-laisse succulents attisent la convoitise de nombreux barbares qui entourent notre petite maison dans la forêt et les renards ont pour eux la ruse d’agrandir la moindre des failles dans la maille de la grille, patiemment, consciencieusement, jusqu’à obtenir un trou d’à peine 15 cm de diamètre, bien caché par quelque ronce feuillue et par lequel ils arrivent non seulement à entrer mais à extirper les corps de leurs victimes. Mais au moins c'est pour les manger ou en nourrir leurs petits, pas juste pour le plaisir de tuer.

 

Le renard roux de Roger

Très vite, pour les renards, il avait fallu prendre une mesure énergique et d’envergure. Aussi avions-nous décidé de faire d’une pierre deux coups : institutionnaliser la chasse au renard pour en réduire le nombre et en même temps nous angliciser davantage pour augmenter nos chances d’être admis au sein du Commonwealth : nous roulons déjà à gauche à Montpoulet, par exemple...

C’est à Roger que revient le mérite du premier gibier, un superbe mâle qu’il a occis d’un coup de... binette.

Il est clair que la méthode n’est pas très anglaise. La chasse au renard chez les sujets de sa Majesté ne se fait pas à binette mais à courre avec de nombreux chiens limiers. Nous avons dû adapter la tradition (qui remonte aux Celtes) à cause du terrain particulièrement accidenté de Montpoulet. Donc la binette.

 

Pas un rapace cette nuit d'orage, pas un chien errant, pas un renard roux, non : d'après nos voisins, le grand exterminateur, la bête génocidaire, c'est la fouine, de la famille des martres, mais à qui l'on doit le verbe fouiner et l'adjectif chafouin, rien de bien en somme. Et si les renards ont pour eux la ruse de cacher leur trou derrière une ronce, pour la fouine, même pas caché, le trou, et d'au moins vingt centimètres.

Je n'ai pas dit un mot des autres attaques de la nature que nous subissons sans broncher, comme celle des chiens errants, ou des frelons, mais je vous raconterai cela au prochain numéro.

L'Écho des Trois Clochers n°43
L'Écho des Trois Clochers n°43

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Rebond de chaîne

Publié le par Prince Bernard

La chaîne était fraîchement affutée, elle est entrée facilement dans mon mollet. Mais pratiquement sans douleur, alors j’ai cru à une égratignure et comme je n’étais pas seul je me suis dit que je regarderai plus tard, pour affoler personne, et puis j’ai senti couler, j’ai relevé la jambe du pantalon, la chaussette était toute imbibée de sang.

 
Rebond de chaîne

« Elle est comment la plaie, elle est nette ? » La jeune interne avoue ne pas supporter la vue du sang. Je suis en de bonnes mains.

Non, pas nette, la plaie. Une tronçonneuse, c’est pas fait pour couper net, surtout pas la viande. Quand je m’assieds aux pieds de Françoise et de son cousin Roger, il me faut la paume et le pouce pour recouvrir la plaie et comprimer. Pas nette, la plaie, béante pour tout dire, comme une bouche ouverte avec deux becs-de-lièvre, au moins. Cela retourne le cœur.

« Comment remonter à la maison ? s’inquiète Françoise, avec un rien de panique dans la voix. Aucune voiture ne peut arriver ici. Tu peux pas conduire le tracteur… tu es tout blanc ! Bon, déjà, je vais aller chercher une compresse.

— Y’a que les pompiers qui pourraient t’emporter sur un brancard, résume Roger, tu veux que j’aille les appeler ; je peux te laisser tout seul, tu vas pas tourner de l’œil ? »

Á l’hôpital, parmi toutes ces blouses blanches qui vont et viennent on ne sait pas pourquoi, la seule façon de reconnaître les médecins, c’est qu’ils portent un stéthoscope sur les épaules. Cela ne sert qu’à cela. Montrer qu’ils sont médecins. La jeune interne, un modèle fluet et modeste de jeune femme timide, du genre douée en maths mais pas en couture, le garde dans sa poche, on en aperçoit juste un bout de tuyau. Mais j’ai pu lire son étiquette de pochette.

« Mon neurologue m’a expliqué que c’était un concours comparable, statistiquement, à l’agrégation pour les enseignants, vous avez donc passé le concours de l’internat ?

— Oui, hélas !

— Décidément, me dis-je, je ferais peut-être mieux de me recoudre tout seul… Et pour la tester : Euh, vous avez vu comme le muscle continue à bouger, on dirait qu’il cherche à se réparer tout seul, c’est du péristaltisme, n’est-ce pas ?

— Vous avez fait médecine ? »

En fait c’est moi, me souvenant que je venais d’écouter Fun Radio sur mon téléphone tout l’après-midi, qui ai appelé les pompiers. Á la Préfecture, l’homme au téléphone ne trouvait ni ma commune, ni mon lieu-dit. Il croyait que je me trompais de département. Perte de temps : quand il m’a dit je vous passe un médecin, ma batterie était morte.

C’est là que j’ai entendu ce bruit de tôle, vraiment bizarre. Serait-ce le voisin Maurice, réquisitionné par Françoise, qui viendrait avec un tracteur brinquebalant ? Le chemin est pourtant trop étroit, seul mon japonais peut passer.

Rebond de chaîne

« Oui, il était question d’envoyer la cavalerie pour venir vous sauver, Monsieur, m’explique l’infirmière, arrivée dans un troisième véhicule…

— Ah oui, vous seriez venue à cheval ? Je joue sur les mots mais elle ne saisit pas.

— Non, bien sûr, mais ils avaient alerté un hélicoptère, les blessures à la tronçonneuse, on connaît, c’est grave. Puis, s’adressant aux pompiers : dites-moi, votre chut, il date de Mathusalem !

— Non, ce n’est pas le nôtre, c’est sa dame qui l’a fourni.

— Ma femme, je le dis toujours, c’est la Samaritaine.

— Très bien, ça a bien arrêté l’hémorragie, mais maintenant ils n’ont plus ces petits crochets.

— Effectivement, je m’en étais enfoncé un dans la peau, ça m’a fait mal ! »

Les jeunes pompiers, je les connais presque tous, un ancien élève, un ancien voisin, un qui est déjà venu pour un incendie… ils me racontent leurs autres interventions pour « rebond de tronçonneuse » : Y’avait ce type qui faisait du bois au-dessus de Vaudevant… on lui voyait plus l’œil, la lame lui avait tranché la gueule du front au menton, le nez était en lambeaux et l’œil, on l’a cherché, mais on l’a pas trouvé, alors on l’a emmené comme ça aux urgences… »

Le bruit de tôle, c’était Françoise avec une brouette (naïf et touchant) et avec la Compresse Hémostatique d’Urgence, le fameux chut (futé et efficace). Elle rappelle le 18 pendant que je me panse. Et comme le pansement me libère la main, je me lève, je remets la tronçonneuse dans son étui, l’étui dans la benne du tracteur…

« Reste couché ! faut rester couché ! Monsieur, il veut remonter tout seul ! »

— (Le 18 au bout du fil) : arrêtez-le, faut pas qu’il bouge !

— Il veut démarrer son tracteur !

— Empêchez-le, empêchez-le !

— Il n’écoute rien... assis-toi, on te dit ! »

Je n’allais quand même pas laisser les pompiers, pour une bêtise de débutant, me transporter en brancard sur 400 m de mauvais chemin. C'était aussi, quand même, le moment ou jamais de jouer les héros, mais dans l’émotion j’oubliai de solliciter les bougies de chauffe, et le moteur hésita quelques anxieuses secondes avant de démarrer. J’allais de mieux en mieux.

 

« Qu’en pensez-vous ? me demande la frêle interne,

— Très joli rôti de porc, combien de points ? Vous savez que c’est au nombre de points de suture qu’on reconnaît les plus belles blessures ?

— Voyons… deux points renforcés au centre, deux petits points aux extrémités et un, deux trois quatre points normaux, sans compter celui résorbable à l’intérieur. »

Et bien si, finalement, douée en couture !

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